Duo 3 (2023) – Bilan Nouvelle-Zélande

Au sein de cet article, nous allons vous donner nos impressions et analyses sur le lien entre culture et management en Nouvelle-Zélande!

Du 04 avril au 04 Mai 2023 nous avons découvert la Nouvelle Zélande pour la 5ème étape de l’Odyssée Managériale.

Et quelle étape ! Ce pays situé à près de 20 000 km de la France nous a réservé bien des surprises.

Pendant ce mois complet, nous nous sommes rendus dans les villes de Christchurch, Franz Joseph, Rotorua, Hokitika, et Auckland. Nous avons également échangé en visioconférence avec des entreprises présentes à Wellington.

Le rythme a été intense : découverte de 20 entreprises (40 collaborateurs) et rencontre de 2 experts du management du centre de recherche de l’université d’Auckland.

La terre du long nuage blanc (c’est le nom originel qu’ont donné les Maori à la Nouvelle Zélande) nous a fait vivre une expérience unique, et nous avons hâte de vous raconter cela.

Bien que notre expérience néo-zélandaise ait été extrêmement intéressante, nous savons que notre analyse de la culture du pays n’est pas exhaustive et que les exemples que nous détaillons par la suite, ne reflètent pas l’ensemble des caractéristiques du pays.

Nous avions beaucoup de choses à vous dire sur la culture néo-zélandaise…alors pour faciliter la lecture, voici le plan des différents axes abordés, qui peuvent être lus indépendamment :

👉 1- Le pouvoir et l’influence des communautés en Nouvelle-Zélande

👉 2- Le bien-être au travail est plus important que la productivité

👉 3- Ici, on lutte vraiment contre les discriminations! 

👉 4- Comment communique-t-on chez les kiwis ?

👉 5- L’importance de la culture, de la nature et des traditions mais une certaine résistance au changement…

[Voici quelques photos de notre temps libre en Nouvelle-Zélande]

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👉 1- Le pouvoir et l’influence des communautés en Nouvelle-Zélande

S’il y a bien quelque chose que nous avons remarqué très vite lors de notre arrivée en Nouvelle-Zélande, c’est l’importance de la place accordée à la communauté. Et quand on parle de communauté, c’est à prendre au sens large ! On ne parle pas uniquement de la communauté Maorie qui représente 17% de la population locale, mais de tout type de communauté : les amis, les familles, les voisins, les collaborateurs d’une entreprise, les habitants des villes, et des différentes îles de l’archipel…

Un exemple pour illustrer cela ? En Nouvelle-Zélande, il est commun d’avoir un groupe Whatsapp avec toutes les personnes de son immeuble, ou même de sa rue. 

Mais parlons maintenant de l’importance que revêt la communauté dans le monde du travail : Susan Basterfield a été une des premières personnes que nous avons rencontré en Nouvelle Zélande. C’est une ambassadrice de la fondation Enspiral, au sein de laquelle le principe de communauté est central.  Il est très compliqué de résumer ce qu’est Enspiral en seul paragraphe tant sa structure est innovante, ainsi si vous voulez en savoir plus sur Enspiral vous pouvez cliquer ici. S’il fallait résumer, Enspiral est en quelque sorte un réseau d’entrepreneurs indépendants et d’entreprises, qui favorisent et soutiennent l’entrepreneuriat social. Enspiral est à l’avant-garde du mouvement mondial d’auto-organisation, explorant la manière dont les coopératives d’entrepreneurs peuvent se soutenir mutuellement sans être tributaires des investissements traditionnels et du financement par actions. Pour certains membres, Enspiral est réseau de collaboration professionnelle, les membres se rencontrent, s’associent et développent une entreprise ensemble. Pour d’autres, il s’agit d’une communauté avec laquelle ils interagissent de temps en temps, ils donnent de leur temps de façon bénévole sur un projet qui leur tient à cœur. Pour d’autres c’est un réseau d’amis avec qui il est possible de construire des projets communs…Finalement Susanne nous confie que le terme de « business family » pourrait être employé pour parler d’Enspiral. Ainsi, au travers de ce qu’est Enspiral, on comprend vite l’importance que prend la communauté si chère aux Néo-Zélandais. 

Au-delà de donner lieu  à la création de ce genre de structures de travail plus collaboratives, ce sentiment de communauté a des conséquences également dans des entreprises plus classiques.

Alexandre Cagnoli, à la tête des relations industrielles de Véolia, nous explique que l’empathie est très forte, et ce même entre clients et vendeurs. Il y a plus de compréhension et de tolérance.

Autre chose qu’il est bon de connaître : il n’y a que 5 millions d’habitants en Nouvelle-Zélande. “Ici tout le monde se connaît” nous dit Louise Marra, une néo-zélandaise très impliquée dans la transformation des entreprises et l’innovation. En effet, il n’est pas rare d’être amené à travailler avec quelqu’un que l’on a connu dans son école étant petit.

Louise Marra, à gauche, et Sandra Otto entre nous deux.

La communauté est un terme si ancrée chez les Néo-Zélandais qu’il est très commun de voir des managers et subordonnés travailler ensemble, comme si, finalement, la hiérarchie était floue. D’ailleurs l’horizontalité est plus que valorisée et le management directif n’est pas quelque chose d’apprécié. En fait, les kiwis peuvent se sentir sous-estimés voire sous-considérés si un supérieur leur dit continuellement ce qu’ils doivent faire ou si leur travail est surveillé de près. Ils voient cela comme un manque de confiance, (on peut même dire un manque de respect) pour leurs capacités. En clair, ces comportements de micro-gestion (observer de près, contrôler et contrôler les subordonnés) sont souvent fortement détestés et vus comme condescendants. On peut donc ainsi dire que le management néo-zélandais est un management collégial.    

Cependant, certaines personnes nous ont confié que les néo-zélandais peuvent peut-être avoir tendance à accorder trop d’importance à leur communauté. Il peut s’avérer être laborieux au départ pour les expatriés qui s’installent de se faire une place au sein de cet écosystème très soudé, un petit peu à l’image de la Corse.

Toujours pour illustrer l’importance de la communauté, saviez-vous que le télétravail n’est pas vu comme quelque chose de révolutionnaire ici ? C’est Kate Sutton, de Polis Consulting Group, qui nous dit cela en nous expliquant que les fortes attentes de liens sociaux de la part des travailleurs lorsqu’ils se rendent au travail viennent nuancer l’enthousiasme débordant pour le distanciel qu’on connaît chez nous.

Aussi, il y a parfois un côté un peu old-school dans le management à cet égard, les managers préfèrent bien souvent pouvoir avoir leur équipe présente physiquement dans les locaux. Beaucoup d’entreprises que nous avons interrogées nous ont cité le manque de productivité des employés pendant la crise Covid, ils veulent donc éviter que celà se reproduise, nous a t-on dit. Plus généralement, la crise Covid reste gravée dans la mémoire des néo-zélandais comme un véritable cauchemar. Un traumatisme toujours présent actuellement car ils se sont sentis très isolés.

👉 2- Le bien-être au travail est plus important que la productivité

Nous avons séjourné environ 2 semaines dans la ville d’Auckland qui n’est pas la capitale mais de loin le plus gros pôle économique de la Nouvelle Zélande. Dans cette ville, au paysage maritime prononcé, on se rend au bureau dans un climat détendu et sécurisant. 

Ici, on fait tout pour ne pas se stresser, et ça commence par le dress code car les costumes sont finalement bien moins fréquents que les jeans et baskets…

Une autre caractéristique assez drôle des entreprises néo-zélandaises est la taille des espaces de restauration. Ces derniers sont souvent très grands, car c’est autour des différentes collations de la journée que se tissent les liens entre collaborateurs.

Dans une autre mesure, la question de l’équilibre vie pro-vie privée est chère à nos amis kiwis. Si la valeur travail est importante, la valeur temps libre aussi et il est  rare de finir ses journées après 17h. À savoir que tout commence plus tôt en Nouvelle-Zélande, par exemple, les restaurants ouvrent de 17h à 21h. De quoi mieux profiter de la lumière du jour.

On nous informe aussi que la discrétion au travail est toujours la bienvenue en Nouvelle-Zélande, dans le but de conserver un climat calme, synonyme de bien-être dans l’entreprise. Cela s’est avéré frappant lorsque nous avons visité l’entreprise

Downer-Hawkins, un des leaders du bâtiment en Nouvelle-Zélande. Aucun bruit ne s’échappait de l’open space, qui était pourtant très grand. 

Enfin, durant ce mois de mai, nous avons aussi eu la chance d’en savoir plus sur les maoris, le peuple originaire de Nouvelle-Zélande. Nous avons rencontré

Jodhi Warwick Ponga, qui a pris soin de nous expliquer avec précision les spécificités du management Maori. Et, sur ce dernier point, on se rend bien compte que les Maori accordent, et ce depuis toujours, une place très importante au bien être. Par exemple, Jodhi nous affirme qu’une des 5 qualités essentielles pour être un bon leader selon les Maoris est d’être en bonne santé (plus d’infos sur les autres qualités ici). Cette caractéristique peut nous sembler étrange de prime abord. Et pourtant, c’est essentiel aujourd’hui, à une heure où les leaders sont souvent fatigués, stressés, voire font des burn-outs. Une des clés pour bien se comporter est d’être bien avec soi-même.Selon les Maoris, il faut donc se sentir en bonne santé à tous les niveaux de l’être : physique, mental, émotionnel et spirituel. En effet, lorsqu’on est en mauvaise santé mentale ou physique, on peut faire des erreurs de jugement, et avoir des difficultés à gérer ses émotions lors de situations difficiles, ce qui amène souvent à faire paniquer son équipe voire à mal s’adresser à ses collaborateurs.

👉 3- Ici, on lutte vraiment contre les discriminations! 

Ça aussi c’est une des caractéristiques phares de la Nouvelle-Zélande : aucun espace n’est laissé aux discriminations de genre. Tous les indicateurs d’égalité homme-femme classent la Nouvelle-Zélande comme un des pays les plus exemplaires au monde. C’est d’ailleurs le premier pays du monde à avoir accordé le droit de vote aux femmes, et ce en 1893, soit 51 ans avant la France…

« Si vous êtes une femme qui travaille, vous feriez bien de déménager en Nouvelle-Zélande», titrait un article de The Economist suite à une étude sur l’égalité homme/femme au travail en 2017. En effet, leur enquête place la Nouvelle-Zélande comme le pays où les femmes bénéficient du traitement égalitaire le plus prononcé au monde. Autre exemple, l’écart salarial entre hommes et femmes y est de 9% (c’est 22% en France), soit un des écarts les plus faibles au monde. 

Comment ne pas aussi évoquer ici la question des Maoris. Le passé colonial en Nouvelle-Zélande, bien que moins violent que son voisin australien, n’en demeure pas vraiment enviable. Les britanniques, arrivés en Nouvelle-Zélande au XVIIIème siècle ont longtemps marginalisé la communauté  maori. Ce n’est que depuis une cinquantaine d’années que de grands travaux sont entrepris pour réparer les erreurs du passé. Le gouvernement de Jacinda Ardern a notamment mis l’accent sur la promotion de la culture Maori en rendant par exemple la langue obligatoire à l’école primaire. 

Tous les projets d’infrastructures publiques de Vinci, entreprise que nous avons également visitée à Auckland, sont développés conjointement avec des représentants Maoris. En ce sens, le “City rail Link” prend véritablement en considération la culture Maori. C’est un projet de construction qui porte sur la conception et la construction de 3,45 km d’extension d’une ligne de métro à Auckland pour relier plusieurs stations (c’est le plus gros marché public de l’histoire de la Nouvelle-Zélande, rien que ça…). Vinci travaille en effet en collaboration avec le Gouvernement et avec 8 leaders Maori pour designer les 3 futures stations en s’inspirant de la mythologie maorie. (inclure photos) 

👉 4- Comment communique-t-on chez les kiwis ?

Tout d’abord un premier obstacle linguistique qu’il a fallu surmonter : les néo-zélandais ne parlant pas anglais avec l’accent britannique que nous connaissons. La lettre “e” est allongée, elle sonne comme un i français, donc “best” devient “beest” et le “i” quant à lui est prononcée un peu comme un “u”. Pas simple tout ça…

Outre cet aparté linguistique, nous avons été très surpris de remarquer que la communication était ici indirecte afin d’éviter de sonner impolie. Indirecte ! Après avoir visité 4 pays où la communication était frontale et directe, nous voila dans un pays où il faut parfois décrypter les paroles de nos interlocuteurs. “Could you possibly shut the door?” est par exemple une formule de politesse qui “passe mieux” que de dire à quelqu’un de fermer la porte sans lui laisser le choix. 

Autre caractéristique assez originale : les kiwis ne disent jamais non. Jamais !  et c’est problématique car cela donne parfois lieu à de gros amalgames entre les collaborateurs voire entre des entreprises et leurs clients. Cela est lié à une fuite quasi systématique des conflits, qui est liée à leur pudeur et à leur volonté de ne pas abimer les liens qui unissent un collectif, si chers en Nouvelle-Zélande. La notion très forte et à bien des égards positive de communauté, a pour revers de nuire parfois à la sincérité des propos. On veut préserver les liens avant tout.

D’ailleurs, bien souvent par peur de blesser ou de déranger, les néo-zélandais vont avoir fortement tendance à se mettre en retrait et à fuir le débat, ce n’est pas du tout quelque chose de culturel comme ça l’est pour nous en France. En fait, il y a une culture du consensus plutôt que du débat. 

Une citation comique à prendre très au 2nd degré, et qui nous a été dite par Sandra, la fondatrice du cabinet Futur of Work Collective et qui nous est restée en tête : “La Nouvelle-Zélande est une île avec 30 millions de moutons”. Et oui…il y a en effet 25 millions de moutons et 5 millions d’habitants sur l’archipel…

👉 5- L’importance de la culture, de la nature et des traditions mais une certaine résistance au changement…

Les néo-zélandais sont proches de la nature. Ils parlent de leur faune et leur flore avec fierté. D’ailleurs s’ils se surnomment les kiwis, ce n’est pas pour rien, le kiwi étant l’animal emblématique de la Nouvelle Zélande. Il y a une réelle familiarité avec la nature et cela se retrouve dans plusieurs pratiques managériales. En effet Vinci récompense les meilleures initiatives terrain à l’occasion du prix de l’environnement organisé tous les ans, et Vinci Nouvelle-Zélande, bien qu’étant une petite entité, était à l’origine de 2 des 5 projets retenus en finale mondiale. Aussi, Vinci n’a pas choisi de faire de la démolition mais de la déconstruction sur un chantier à Auckland. Cela signifie que tous les matériaux présents sur le site désaffecté sur place (portes, fenêtres, toitures…) ont été récupérés. Et le meilleur dans tout ça ? Tout ce qui a été récupéré a été envoyé sur l’île Tonga pour y construire des écoles. Un bel exemple d’une initiative qui a compris les bénéfices de l’économie circulaire.

Toutefois, il faut quand même nuancer et se rendre compte que derrière l’image verte que nous avons de la Nouvelle Zélande en Europe, il y a de grandes aberrations écologiques au niveau industriel. Pour ne citer qu’un exemple, la Nouvelle Zélande a fermé ses raffineries de pétrole suite à la crise Covid mais en parallèle importait du charbon venant d’Indonésie. 

On a également compris au fil de nos discussions avec des expatriés présents en Nouvelle Zélande, que le pays a du mal à accepter que l’on puisse faire autrement que les méthodes traditionnelles présentes depuis toujours en Nouvelle Zélande. Il est ainsi difficile pour de grosses entreprises étrangères qui amènent de l’expertise occidentale de se faire accepter sur place. En fait, il y a en Nouvelle-Zélande une grande résistance au changement. Ici on reproduit les méthodes déjà en place sans les remettre en question et beaucoup de personnes interviewées nous ont confiés que la plus value ou l’expertise qu’ils amenaient n’était pas toujours accueillie à bras ouvert.

L’importance des traditions est, bien sûr, très  présente dans la culture Maori. Par exemple, un rituel maori en entreprise consiste à se présenter en chantant. Cette tradition, qui se pratiquait autrefois lors de rencontres avec des nouvelles personnes, se perpétue toujours aujourd’hui et trouve sa place dans le monde de l’entreprise. De plus, on retrouve d’autres caractéristiques historiques de la communauté maori dans le management moderne. Par exemple, si on analyse l’étymologie du mot maori “rangatira” qui désigne un chef,on se rend compte que celui-ci est dérivé du mot “raranga” qui désigne le tissage et du mot “tira” qui signifie le groupe. Le chef est donc celui qui tisse les liens au sein du groupe. De plus, les leaders maoris ne craignent pas de montrer leur côté plus doux. Il est valorisant et important de posséder les « compétences douces » que sont la gentillesse, la générosité et l’amour. Cela est liée au “mana”, terme qu’on pourrait rapprocher de celui de karma, qui dans la culture maori veut que tous nos agissements ont des conséquences sur le futur de notre descendance mais aussi envers nos ancêtres. Chacun possède un mana qui est comme une jauge variable de notre prestige : si j’agis mal, mon mana diminue. Si j’agis bien, mon mana augmente.

Ainsi, si la nouvelle Zélande est fièrement attachée à son histoire et à ses traditions, celles-ci viennent parfois se heurter aux innovations encouragées notamment par l’émigration de plus en plus importante sur la terre néo-zélandaise. 


ELODIE ET DIMITRI, L’ODYSSÉE MANAGÉRIALE 2023

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